Créer son jardin méditerrannéen : les conseils d’un paysagiste en Provence
Le climat provençal impose ses règles : des étés longs et chauds, des sols secs, une eau qu'il faut savoir utiliser à bon escient.
Comment avoir un jardin qui demande moins d'eau, moins d'entretien et qui gagne en beauté avec le temps ? C’est tout le sujet du jardin méditerranéen et de cet article.
Raphaël est paysagiste dans le Luberon. Il y a créé son entreprise avec une idée en tête : jardiner de manière plus consciente et apporter plus de respect à l'environnement. Pour Hôte Spot, il partage ses conseils pour concevoir un jardin sec ; sobre en eau, facile à vivre et durable.
Les conseils pour bien commencer son jardin méditerrannéen
1. Observez avant de planter
Le premier réflexe n'est pas d'acheter des plantes, mais de regarder. « Regardez d'abord votre ensoleillement et la qualité de votre sol. », dit-il. Ce sont ces deux paramètres qui déterminent tout ce que vous pourrez faire pousser. Un terrain plein sud sur sol caillouteux n'accueillera pas les mêmes essences qu'un coin d'ombre en terre profonde.
Un jardin méditerranéen récemment livré par Raphaël Mathieu dans le Luberon.
2. AdapteZ votre jardin à votre mode de vie
Un jardin ne se dessine pas dans l'abstrait. Y aura-t-il des enfants ? Faut-il de l'ombre près du bassin ? Où prendra-t-on les repas ? « Prenez le temps de savoir comment vous allez utiliser vos espaces. », insiste-t-il. C'est de cet usage global que seront dictés les volumes, les circulations, les zones d'ombre.
« Un jardin en Provence, c’est une ambiance avant tout : de la vieille pierre, des matériaux anciens. Un endroit calme, reposant et bien arboré, qui se fond dans le paysage. »
3. Plantez petit
C'est son conseil le plus contre-intuitif et pourtant le plus important. La tentation est grande de vouloir un jardin fini dès le premier jour, avec de gros sujets déjà formés. Raphaël plante au contraire de tout petits godets. « Le système racinaire est plus frais et s’intègre plus facilement. »
4. Éduquez vos plantes à la sécheresse
C'est là que tout se joue. La première année, l'arrosage au goutte-à-goutte est nécessaire : il doit être rare mais généreux, jamais quotidien et parcimonieux. « On l'allume une fois par semaine, pendant quelques heures. L'eau descend en profondeur et les racines vont la chercher. »
À l'inverse, un arrosage généreux produit une plante spectaculaire… mais fragile quelques années après. « Elle grossit très vite, puis au premier coup de sec, elle crève. »
5. Choisissez le bon paillage
Sous les plantations, Raphaël privilégie le paillage minéral ; du gravier, comme dans les collines. Il conserve un peu d'humidité, ne se décompose pas et surtout, ne nourrit pas les plantes. Car ces essences méditerranéennes n'aiment ni les engrais, ni les amendements. Le paillage végétal, lui, est réservé aux quelques plantes qui tolèrent un peu plus d'humidité.
Le gravier a aussi un rôle esthétique : il fait ressortir le feuillage, crée du contraste et laisse respirer les massifs. Bien choisi, il devient un élément de composition à part entière.
6. Anticipez l'entretien
« Réfléchissez à l'entretien, prévenez-le en amont. » Un jardin méditerranéen bien conçu demande peu d’effort d’entretien. En deux ou trois ans, les plantes prennent leur place, se touchent et couvrent le sol. Certaines libèrent même des essences naturelles qui empêchent les herbes indésirables de pousser dessous, exactement comme dans la garrigue.
7. Tablez sur de la récupération pour les aménagements
Pour les dénivelés, plutôt que des murs maçonnés, Raphaël aime monter des enrochements en pierres récupérées, posées naturellement. Le résultat est brut, vivant et se fond immédiatement dans le paysage.
Les plantes adaptées à la création de jardins méditerrannéens
Rustiques, sobres, capables de traverser une période avec très peu d’eau : voici les plantes que Raphaël aime intégrer dans ses projets de conception de jardins secs.
Le phlomis
« Une plante qui peut prendre un très gros volume, avec quinze ou vingt variétés différentes. Elle ne demande absolument pas d'eau et elle fleurit beaucoup. »
L’immortelle
C'est celle qu'il a choisie pour emblème de son entreprise. « J'aime beaucoup les végétaux gris, cette couleur qui tranche avec les autres plantes. » Et une résistance à toute épreuve : l'immortelle pousse là où presque rien ne tient.
L’olivier
Le classique. Il s’impose et structure le jardin.
La santoline
Un feuillage dense et finement découpé, des boutons jaunes en pompons, un port qui reste bas et forme de petits tapis. Elle structure les massifs sans jamais les encombrer.
L’agapanthe
Pour la couleur. « L'agapanthe africaine monte très haut, avec ses fleurs d’un bleu vraiment méditerranéen ou d’un blanc éclatant. ».
La stipa
La graminée qui met le jardin en mouvement. « Elle monte à environ 80 cm et a un côté très graphique. Mélangée aux agapanthes, c'est superbe. » Et elle tient toute l'année : « C'est beau été comme hiver, où elle passe de blonde à rousse, presque rouge. »
Raphaël s'est formé au paysagisme à l’ENSP de Versailles ; une école d'architecture paysagère qui lui a appris à lire un terrain avant même d'y poser la moindre plante. « J'arrive sur un espace vide et je vois immédiatement les lignes, les volumes, ce que ça pourrait devenir. »
Avec son équipe, il crée des projets de jardin de bout en bout : conception, ouvrages en pierre, plantations. Et sur le terrain, il défend une approche patiente : ne pas chercher le résultat immédiat, laisser le jardin s'installer, le voir se développer saison après saison. Les résultats, dit-il, arrivent bien plus vite qu'on ne l’espère.
L’entreprise Raphaël Mathieu est basée à Oppède. Elle crée et entretient des jardins paysagers dans le Luberon et le sud de la France.
Reportage photos : Zoe Wittering pour Hôte Spot.
FAQ
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C'est un jardin avec des plantes rustiques qui supportent la sécheresse, un paillage minéral, peu d'arrosage et peu d'entretien ; idéal dans le sud de la France. Il s'inspire de la garrigue et se fond dans le paysage.
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Le phlomis, l'immortelle, la santoline, la lavande, l'agapanthe, la stipa et l'olivier figurent parmi les valeurs sûres. Toutes se contentent de très peu d'eau une fois installées et supportent le plein soleil comme les hivers du Luberon.
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Rarement, mais longuement. Un arrosage est contre-productif et conduit à un jardin doté de plantes, qui meurent au premier coup de sec.
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Ce n'est pas idéal. Les mimosas peuvent geler dans le Luberon, où les hivers sont bien plus rudes que sur la Côte d’Azur. Quant aux hortensias, ils réclament une eau que le climat local ne permet plus. Mieux vaut choisir des essences réellement adaptées au terrain.
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